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Le zkML au service de la conformité réglementaire des systèmes d’IA

2025-05-28T12:17:28+02:00

Introduction

À mesure que les systèmes d’apprentissage automatique (machine learning ou ML) et d’intelligence artificielle (IA) attirent une attention croissante, des interrogations majeures émergent quant à leur fiabilité. Les principales préoccupations portent sur l’équité, l’absence de biais, la protection des données personnelles, la transparence et la robustesse. Ces enjeux ont été abordés par les chercheurs sous divers angles. Pourtant, une difficulté juridique et réglementaire persistante demeure : comment vérifier qu’un système respecte véritablement ces exigences sans contraindre les développeurs à divulguer des données confidentielles telles que les dataset d’entraînement ou les paramètres internes du modèle ? Pour les juristes, la question centrale devient alors : comment les régulateurs, les tribunaux ou les autres parties prenantes peuvent-ils exiger des comptes aux développeurs, notamment au regard des règles de protection des données ou de propriété intellectuelle, lorsqu’un examen direct du modèle n’est pas envisageable ?

Pour comprendre une piste de solution, il convient d’abord de se familiariser avec certaines notions fondamentales en cryptographie et en apprentissage automatique. De manière simplifiée, un modèle d’apprentissage automatique est entraîné sur un ensemble de données afin d’en extraire des régularités, ce qui produit des « poids » guidant ses prédictions. Ces poids constituent souvent des secrets industriels hautement protégés. La cryptographie – en particulier les preuves à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proofs ou ZKPs) – propose des mécanismes permettant de vérifier la véracité d’une affirmation sans révéler les raisons pour lesquelles elle est vraie. La combinaison de ces approches donne naissance à ce que l’on appelle le machine learning à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge machine learning ou zkML), une voie potentielle vers la vérification juridique et réglementaire de la conformité sans compromettre les informations sensibles.

Problèmes de confiance dans les systèmes d’IA et leur cadre juridique

L’entraînement d’un modèle peut être coûteux, et les poids qui en résultent constituent souvent l’actif stratégique central de la propriété intellectuelle d’une entreprise. Les autorités de régulation – comme les autorités de protection des données dans le cadre du RGPD en Europe – se trouvent alors face à un dilemme : comment vérifier qu’un système d’IA respecte bien les exigences légales sans pouvoir l’inspecter directement ? Privés d’accès aux éléments internes du modèle, les régulateurs doivent se fier à la déclaration du développeur, ce qui engendre un déséquilibre de confiance. Un régulateur peut, par exemple, devoir s’assurer qu’aucune donnée personnelle appartenant à un individu déterminé n’a été utilisée lors de l’entraînement (afin de respecter le droit à l’effacement), ou que le modèle ne repose pas sur des contenus protégés par le droit d’auteur. Or, du point de vue juridique, de simples assurances de la part du développeur ne suffisent pas. Il faut des preuves vérifiables.

Les entreprises privées sont également confrontées à des problèmes de confiance lorsqu’elles recourent à des services d’IA tiers. Comment s’assurer que le modèle présenté est bien celui effectivement utilisé, notamment lorsque différentes formules d’abonnement promettent des performances ou des garanties de conformité distinctes ? Les administrations publiques, elles aussi, doivent démontrer à leurs citoyens que les algorithmes qu’elles déploient respectent les exigences juridiques et éthiques, un impératif qui s’intensifie dans le cadre des futures régulations européennes sur l’IA.

Notions cryptographiques fondamentales et leur portée

Pour combler ces lacunes en matière de confiance, la cryptographie offre des outils pertinents. Les preuves à divulgation nulle de connaissance permettent à une partie (le prouveur) de démontrer à une autre (le vérificateur) qu’une certaine affirmation est vraie (par exemple, « ce modèle n’a pas utilisé les données X »), sans dévoiler les raisons ou les mécanismes internes permettant d’en conclure ainsi. Appliquées au domaine du machine learning, ces preuves permettent donc de démontrer certaines propriétés d’un modèle, par exemple la conformité à une obligation légale précise, tout en préservant la confidentialité des données d’entraînement ou des paramètres internes.

En pratique, le zkML s’appuie souvent sur une classe de preuves spécifiques appelées SNARKs (Succinct Non-Interactive Arguments of Knowledge), qui permettent de résumer des affirmations complexes en des preuves condensées, facilement vérifiables. Bien que ces techniques soient encore en cours de maturation, des travaux de recherche actifs visent à les rendre suffisamment efficaces et évolutives pour des applications concrètes à grande échelle.

Cas d’usage concrets : de la conformité à la vérification

Une première application tangible du zkML concerne la vérification des déclarations de performance formulées par les développeurs. Lorsqu’un développeur affirme qu’un modèle satisfait à des exigences de précision prévues par la réglementation ou contractuellement, il peut produire une preuve cryptographique attestant que le modèle atteint bien le niveau de performance requis sur un jeu de données de test connu, sans révéler pour autant les paramètres internes du modèle. Bien que cette capacité soit encore en phase exploratoire, les recherches initiales montrent qu’elle est réalisable. L’adaptation de ces techniques à des modèles très volumineux et complexes demeure toutefois un défi technique majeur.

Une autre application prometteuse concerne la conformité au droit de la protection des données, notamment dans le cadre du RGPD[1]. Lorsqu’un individu exerce son droit à l’effacement, le responsable du traitement doit garantir que les données concernées ne subsistent pas seulement dans les bases de données, mais n’influencent plus non plus les résultats d’un modèle déjà entraîné. Les techniques à divulgation nulle offrent ici un cadre pour ce que l’on appelle le « verifiable unlearning », c’est-à-dire la capacité à prouver qu’un modèle ne dépend plus des données d’un individu, sans révéler le modèle ou les données elles-mêmes. Si des travaux initiaux existent, la mise en œuvre de mécanismes efficaces et généralisables dans ce domaine reste un objectif à atteindre.

Un autre cas d’usage touche à la conformité au droit d’auteur. Lorsqu’un régulateur ou un ayant droit souhaite vérifier qu’un modèle n’a pas été entraîné à partir de contenus protégés, les méthodes cryptographiques peuvent permettre de démontrer l’absence de recoupement entre les données d’entraînement et un corpus identifié d’œuvres protégées. Toutefois, la faisabilité de cette approche dépend de deux conditions complexes : la définition juridiquement claire de ce qu’est un contenu protégé, et la constitution d’ensembles de référence fiables et juridiquement reconnus pour effectuer les vérifications.

Enfin, la question de l’authenticité des modèles et de la différenciation des services est de grande importance dans les environnements d’IA hébergée sur le cloud. Un fournisseur peut prétendre utiliser un modèle audité ou certifié conforme, mais l’utilisateur n’a généralement aucun moyen direct de vérifier cette affirmation. Ici aussi, les preuves cryptographiques peuvent être mobilisées pour attester que le modèle utilisé correspond bien à celui qui a fait l’objet d’une évaluation réglementaire ou contractuelle. Cette forme d’assurance cryptographique constitue une réponse élégante aux problématiques de confiance entre prestataires et clients. Des prototypes expérimentaux suggèrent la faisabilité de cette approche, même si son adoption à large échelle reste encore à venir.

Perspectives juridiques, politiques et réglementaires

Le paysage politique joue également un rôle déterminant. Une obligation légale de vérification fondée sur le zkML pourrait susciter des résistances, notamment de la part des industriels inquiets des coûts ou de la complexité de mise en œuvre. Les décideurs devront alors arbitrer entre les bénéfices d’une preuve fiable et respectueuse de la vie privée, et les éventuelles entraves à l’innovation. À mesure que les régulations sur l’IA se précisent – à l’instar du règlement européen sur l’IA[2] – il est envisageable que des mécanismes de preuve inspirés du zkML soient intégrés comme instruments standards de conformité, permettant aux autorités d’exiger des preuves cryptographiques de respect des règles sans exiger la divulgation d’éléments stratégiques.

Pour qu’un tel mécanisme soit juridiquement opérant, encore faut-il qu’il soit recevable comme preuve. Cela suppose de définir des normes sur ce qu’est une preuve valide dans une procédure judiciaire ou une enquête administrative. Cette tâche impliquera une collaboration étroite entre techniciens, juristes, organismes de normalisation et autorités publiques. L’établissement de critères reconnus pour les preuves zkML ouvrirait ainsi la voie à leur intégration dans les mécanismes de contrôle et de sanction.

Distinguer le présent réalisable du futur en devenir

Malgré ces idées de cas d’usage très prometteuses, il est essentiel de faire la part entre ce qui est aujourd’hui techniquement envisageable et ce qui relève encore de la recherche exploratoire. Si certaines démonstrations de principe existent, des systèmes pleinement évolutifs, facilement déployables et adaptés aux grands modèles ne sont pas encore disponibles. La charge computationnelle liée à la génération et à la vérification des preuves demeure élevée. Par ailleurs, la détection de certains types de données problématiques – qu’il s’agisse d’informations identifiables ou de contenus protégés – continue de poser d’importantes difficultés. L’établissement de frameworks pour la fiabilité des données et leur résistance à la falsification ou à la fraude nécessitent également des avancées complémentaires, y compris peut-être via des technologies associées comme la blockchain.

Pour autant, la dynamique est encourageante. À mesure que les outils gagnent en efficacité et que les exigences juridiques deviennent plus précises, le zkML pourrait passer d’un objet expérimental à un pilier de la conformité dans l’écosystème de l’IA.

Conclusion

Ces techniques cryptographiques, bien qu’encore en cours de maturation, pourraient offrir une voie nouvelle pour la vérification juridique à l’ère de l’IA. En permettant d’apporter la preuve du respect des normes sans dévoiler d’informations sensibles, le zkML peut contribuer à rétablir la confiance entre régulateurs, entreprises et société civile. Si la recherche continue de progresser, ce qui n’est aujourd’hui qu’une solution prometteuse pourrait devenir, demain, un outil concret et reconnu juridiquement pour garantir que les systèmes d’apprentissage automatique respectent les exigences en matière de protection des données, de propriété intellectuelle et de conformité réglementaire, tout en préservant la confidentialité et la compétitivité qui nourrissent l’innovation.

Proposition de citation : Baumann Iago, Le zkML au service de la conformité réglementaire des systèmes d’IA, Blog du LexTech Institute, 28.05.2025

[1] Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données (règlement général sur la protection des données ; RGPD ; JO L 119/1).

[2] Règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle (règlement sur l’intelligence artificielle ; RIA ; JO L 2024/1689).

zkML in support of regulatory compliance for AI systems

2025-05-28T15:03:01+02:00

Intro

As machine learning (ML) and artificial intelligence (AI) systems have garnered significant attention in recent years, concerns about their trustworthiness have surfaced. The main considerations include fairness, unbiasedness, personal data protection, transparency, and robustness. Researchers have addressed these issues from various angles, yet a persistent legal and regulatory challenge remains: how can we verify that a system truly meets these standards without forcing developers to reveal their proprietary data, such as training sets or model weights? From a legal scholar’s perspective, the question is how regulators, courts, and stakeholders can hold developers accountable under, for example, data protection or intellectual property laws when direct inspection of the model is not possible.

To understand one potential solution, it helps to first grasp some cryptographic and machine learning fundamentals. In basic terms, a machine learning model is trained on a dataset to learn patterns, resulting in “weights” that guide its predictions. These weights are often confidential trade secrets. Cryptography, particularly zero-knowledge proofs (ZKPs), offers methods to verify that a certain statement is true without revealing why it is true. Combining these ideas leads to zero-knowledge machine learning (zkML), where legal and regulatory goals – such as proving compliance – can potentially be achieved without disclosing sensitive details.

Trust Issues in ML Systems and Their Legal Context

Training a model can be costly, and the resulting weights are often considered the core proprietary asset of a company’s intellectual property. Regulating bodies (e.g., Data Protection Authorities under GDPR in the EU) face a dilemma: how to confirm that an ML system respects legal requirements if they cannot directly inspect it? Without direct access to the model’s inner workings, authorities must rely on the developer’s word, which creates a trust imbalance. For instance, a regulator may need to verify that no personal data from a specific individual were used in training (to comply with the right to erasure) or that a model did not rely on copyrighted content (to comply with intellectual property laws). Yet simply asking the developer for assurances is not enough from a legal standpoint – there needs to be verifiable evidence.

Private companies also face trust issues when using third-party ML services: how do they know that the advertised model is indeed the one being deployed, especially if different subscription tiers promise different performance or compliance guarantees? Even governments must demonstrate to the public that their own algorithms adhere to legal and ethical standards, a requirement that is becoming more pronounced in evolving AI governance frameworks.

Foundational Cryptographic Concepts and Their Relevance

To address these trust gaps, we can look to cryptography. Zero-knowledge proofs (ZKPs) are a cryptographic technique allowing one party (the prover) to prove a statement is true (e.g., “this model did not use data X”) to another party (the verifier) without revealing why or how that is true. When applied to ML, these proofs become zero-knowledge machine learning (zkML), enabling a party to prove certain properties about an ML model – such as compliance with specific legal standards – without exposing its training data or weights.

In practice, zkML might rely on specialized proofs called SNARKs (Succinct Non-Interactive Arguments of Knowledge), which can compress complex statements about ML models into compact, easily checkable evidence. While these techniques are still evolving, ongoing research aims to make them efficient and scalable enough for real-world ML models.

Concrete Use Cases: From Compliance to Verification

One practical application of zero-knowledge machine learning is the verification of performance claims made by developers. When a developer asserts that a model satisfies specific accuracy requirements set by regulation or by contract, cryptographic proofs can be used to demonstrate that the model reaches the stated level of performance on a known test dataset. Crucially, this can be done without disclosing the model’s internal parameters. Although this capability remains in a relatively early phase of development, initial research has shown that such claims can indeed be supported using cryptographic methods. Nevertheless, extending these techniques to very large and complex models continues to pose technical difficulties.

Another promising direction involves compliance with data protection law, especially within the framework of the General Data Protection Regulation (GDPR)[1]. When an individual invokes the right to erasure, the data controller must ensure that personal information is not only deleted from storage systems but also no longer exerts any influence on trained algorithms. Zero-knowledge techniques provide a basis for what is known as verifiable unlearning – the ability to demonstrate that an individual’s data has ceased to affect the outputs of a model, all without revealing the underlying model or dataset. While some foundational work exists in this area, the creation of efficient and reliable mechanisms for verifiable unlearning remains a goal that has not yet been fully realized.

A further use case concerns compliance with intellectual property law. If regulatory authorities or rights holders seek assurance that a model was not trained using copyrighted content, zero-knowledge methods could make it possible to demonstrate that no overlap exists between the training data and a defined set of protected material. In practical terms, however, the implementation of such proofs depends on two difficult questions: how to define what counts as copyrighted data, and how to construct reference datasets or detection systems that are both comprehensive and legally valid.

Finally, there is the matter of model authentication and service differentiation, which is particularly relevant to cloud-based AI platforms. A service provider may claim to deploy a model that has been reviewed or certified for legal compliance, but the customer has no direct means of confirming this. Here too, zero-knowledge proofs could serve to confirm that the model used for inference is indeed the one that underwent regulatory or contractual scrutiny. This form of cryptographic assurance offers an elegant solution to the problem of trust between service providers and clients. Early research prototypes suggest this is achievable, but broader commercial adoption has yet to occur.

Integrating Legal, Political, and Regulatory Perspectives Throughout

The political landscape also plays a crucial role. Mandatory zkML-based verification could face resistance from industry lobbies concerned about costs or the complexity of compliance. Policymakers must weigh the benefits of trustworthy, privacy-preserving evidence against potential burdens on innovation. As AI regulations evolve (e.g., the EU AI Act[2]), they may incorporate zkML-type proofs as a standard compliance tool, enabling regulators to demand cryptographic proof of adherence to law without forcing businesses to disclose their competitive secrets.

To be legally effective, these proofs must be admissible evidence. That means standards must be developed for what constitutes a valid zero-knowledge proof in a court or regulatory inquiry. This will involve collaboration among technologists, legal scholars, standards bodies, and government authorities. By establishing recognized criteria for zkML proofs, legal systems can integrate these cryptographic verifications seamlessly into enforcement processes.

Differentiating Present Reality from the Aspirational Future

It is important to distinguish what is currently achievable from what remains research-in-progress. While some basic zkML demonstrations exist, fully scalable, easily deployable systems are not yet widely implemented. The computational overhead of generating and verifying proofs is still high for large-scale models. Defining and detecting “undesirable” data types – such as personally identifiable or copyrighted content – remains challenging. Establishing trusted frameworks for data integrity and ensuring that proofs are tamper-resistant also requires more research and possibly complementary technologies like blockchain.

Yet the trend is promising. As efficiency improves and legal definitions clarify what must and must not be proved, zkML may transition from an experimental technique to a cornerstone of AI compliance frameworks.

Conclusion

These cryptographic techniques, though still maturing, could offer a new avenue for legal verification in the age of AI. By providing evidence of compliance without revealing sensitive details, zkML can help build trust among regulators, companies, and the public. As research evolves, what is now an aspirational technology could soon become a practical, legally recognized tool for ensuring that ML systems meet data protection, intellectual property, and other regulatory standards, all while preserving the confidentiality and competitiveness that drive innovation.

Suggested citation: Baumann Iago, zkML in support of regulatory compliance for AI systems, Blog of the LexTech Institute, 28 May 2025

[1] Regulation (EU) 2016/679 of the European Parliament and of the Council of 27 April 2016 on the protection of natural persons with regard to the processing of personal data and on the free movement of such data (General Data Protection Regulation), OJ L 119/1.

[2] Regulation (EU) 2024/1689 of the European Parliament and of the Council of 13 June 2024 laying down harmonised rules on artificial intelligence (Artificial Intelligence Act), OJ L, 2024/1689.

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